Sur les pentes qui dominent le lac de Brienz, dans l’Oberland bernois, des ateliers perpétuent depuis plus d’un siècle un geste que la production industrielle a largement fait disparaître ailleurs : tailler un jouet dans une seule pièce de bois, au couteau et à la gouge, sans moule ni moulage.
Une école née d’une tradition paysanne
La sculpture sur bois de Brienz remonte aux longs hivers alpins, quand les paysans du village complétaient leurs revenus en sculptant de petits animaux et objets pour les vendre aux voyageurs de passage. Cette activité artisanale s’est structurée en 1884 avec la fondation de l’école de sculpture sur bois de Brienz, qui forme encore aujourd’hui des sculpteurs selon un cursus exigeant, mêlant dessin, anatomie animale et maîtrise des outils traditionnels.
Les élèves y apprennent à observer un animal avant de le tailler : la posture d’un chamois, la rondeur d’un ours, l’équilibre d’un cheval au galop, pour restituer un mouvement crédible dans un bloc de bois immobile. Cette exigence explique pourquoi les pièces sorties de Brienz se reconnaissent souvent au premier regard, bien au-delà des frontières suisses.
Ce qui distingue un jouet artisanal d’un jouet industriel
Un animal sculpté à Brienz n’est jamais tout à fait identique à un autre, même dans une même série : les veines du bois, la légère différence d’angle d’un coup de gouge, l’usure propre à chaque outil laissent une signature que le moulage industriel efface par définition. Le bois utilisé, le plus souvent du tilleul pour sa texture fine et homogène, se travaille sans éclat et permet de sculpter des détails fins — pattes, oreilles, expressions — impossibles à obtenir dans un bois plus noueux.
Cette différence se voit aussi au toucher : une pièce sculptée garde de légères irrégularités de surface, quand un jouet en bois moulé ou découpé à la machine présente des courbes parfaitement lisses et répétitives. Rien de tout cela ne rend un jouet industriel moins légitime pour jouer, mais la pièce artisanale se transmet et se conserve différemment, presque comme un petit objet d’art qu’on regarde autant qu’on manipule.
Entretenir un jouet en bois sculpté
Le bois brut ou simplement huilé craint l’humidité constante et les changements brusques de température, deux ennemis plus redoutables que les chocs eux-mêmes. Un chiffon sec suffit la plupart du temps pour l’entretien courant ; une huile naturelle, appliquée une à deux fois par an sur une pièce très manipulée, redonne de la souplesse au bois et ravive légèrement le veinage sans en changer la teinte. Il faut éviter de le laisser près d’un radiateur ou en plein soleil prolongé, deux conditions qui fendillent le bois sur la durée.
Ces gestes simples, proches de ceux qu’on applique à un meuble ancien, permettent à une pièce sculptée de traverser plusieurs générations dans une même famille, alors qu’un jouet en plastique se remplace en quelques années. C’est aussi ce qui pousse certains parents à privilégier ce type d’objet pour un premier jouet en bois à offrir plutôt qu’à fabriquer soi-même, avant de se lancer, plus tard, dans leurs propres bricolages avec l’enfant.
Où voir ce savoir-faire aujourd’hui
Le village de Brienz reste un point de passage pour qui veut observer ce travail en direct, avec des ateliers ouverts au public et une tradition documentée notamment sur la page consacrée à la commune, qui retrace l’histoire de cette spécialité locale aux côtés de celle, voisine, de la lutherie. Une visite avec des enfants permet de montrer concrètement d’où vient un objet qu’on tient trop souvent pour acquis, sans jamais se demander comment il a pris forme.






